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Hommage à Willy Ronis
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Willy Ronis, portrait par Georges Chatain (L'Echo du Centre)


Willy Ronis : mort d'un géant

Willy Ronis s'est éteint vendredi dernier, au terme d'une vie de créateur infatigable. Il était entré au printemps dans sa centième année. Monument vivant de l'histoire de la photographie, ce Parisien avait aussi fréquenté la région limousine.

La toute première photographie de Willy Ronis, dans les livres qui lui sont consacrés, date de 1928 : un trio de scieurs de long corréziens de Cornil. Son dernier travail d'importance a été pour Saint-Benoit-du-Sault, Indre, et a donné naissance à un album spécifique, entre vies villageoises, ruelles médiévales et foires-concours bovines. C'est dire que le chantre célèbre de Belleville et de Ménilmontant n'ignorait ni ne méprisait les bourgs et les campagnes. Il y revenait avec plaisir, et c'est à Saint-Junien, Haute-Vienne, qu'il est venu voici cinq ans commenter l'exposition qui accompagnait la présentation du documentaire qui lui était consacré, « Autoportrait d'un photographe» ( produit, soit dit en passant, par le label limousin « Pyramide production »).

Photographe de l'amitié
«Je pleure une morte, je salue une immortelle». Cet hommage de Victor Hugo aux obsèques de George Sand à
Nohant pourrait être repris aujourd'hui par les amis de Willy Ronis après l'annonce de sa mort, dans la nuit du vendredi au samedi 12 septembre. Des amis nombreux, car ce personnage canonisé vivant dans l'histoire de la photographie avait le goût des amitiés simples et vraies. Ainsi avait-il noué avec Rose Zehner, la syndicaliste des usines Citroën, saisie lors du Front Populaire haranguant ses camarades d'atelier ( image aujourd'hui si mondialement entrée dans la mémoire collective qu'on en ignore souvent l'auteur ), et avec ses amoureux photographiés en haut de la colonne de la Bastille sur fond de panorama urbain, une connivence durable.
Willy Ronis, donc, né en 1910 à Paris de mère lituanienne et de père ukrainien chassés par les pogroms antisémites, établis dans un petit studio-boutique baptèmes et mariages à Belleville, était de cette pléiade de photographes français de naissance – Doisneau, Cartier-Bresson, Boubat... - ou d'adoption – Izis, Brassaï, Kertesz- qui ont écrit ( ou plus exactement mis en images ) un chapitre essentiel de l'histoire de la photographie, le « réalisme humaniste »; un contact entre l'auteur et ses sujets, qui établit au-delà de la tranche de vie mise en boîte une sympathie, et parfois même une connivence.

De Paris et d'ailleurs
Faire de Willy Ronis le photographe de Paris, donc, n'est certes pas faux, mais c'est réducteur. Il a aussi visité les mineurs du nord, les ouvrières alsaciennes du textile, les sidérurgistes lorrains... Il est plus juste de le présenter comme le photographe du travail et des milieux populaires, non en voyeur mais, en quelque sorte, avec une complicité de porte-parole et de militant : le travail posté, la chaine, les paysages de corons et de cités banlieusardes, la grèves et les luttes sociales; avec l'idée toujours présente qu'une photo, comme il disait, « ça ne se fait pas n'importe comment », et que l'image n'est pas une simple illustration, qu'elle a à dire autant que le texte pour faire.
Une adecdote à ce propos: dans les années 1950, il avait été contacté par le légendaire hebdomadaire américain «Life» pour couvrir les sujets sociaux européens. Il avait demandé d'avoir un droit de regard sur les légendes qui accompagneraient ses clichés. Techniquement pas possible, lui fut-il répondu. Et il n'a jamais travaillé pour «Life». Avant de devenir un classique demandé partout, il n'a pratiquement travaillé que pour la presse syndicale et l'hebdomadaire communiste d'avant-guerre «Regards».
Installé dans l'histoire Willy Ronis est parti, donc. Mais reste son travail, plus de cent mille clichés, beaucoup de commandes, bien sûr, car il ne se disait pas artiste mais photojournaliste. Mais plusieurs centaines qu'il considérait comme des «oeuvres». De fait, son «nu provençal» est aussi classique et aussi installé aujourd'hui dans l'histoire de l'art que la Joconde, la Source d'Ingres et que l'Olympia de Manet.

GEORGES CHATAIN.

 

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Willy Ronis à Saint-Benoît, par Jean Chatelut



Ouvrage toujours disponible auprès des éditions PaYse (cliquez ici pour trouver la page qui y est consacrée)

 


« Portrait de Saint-Benoît-du-Sault », Calmann-Lévy, Paris ; Versailles : Éditions Pierre Olivieri/Calmann Lévy, mars 1992.
C'est l'ouvrage de référence contenant 68 photos sélectionnées par Willy Ronis, sur Saint-Benoît.
Le livre fut épuisé en quelques semaines.


« Un village en France, photographies de Willy Ronis », avec "d'un village à l'autre" un texte de Didier Daeninckx.
éd. Les cahiers de la photographie de Saint-Benoît-du-Sault - Mairie de Saint-Benoît-du-Sault, juin 1998.
Édité plus modestement par la mairie, l'ouvrage figure parmi la collection de la médiathèque de Châteauroux.

XII

A partir de 1990, les expositions de l'été sont consacrées à la photographie qui est reconnue, de plus en plus, comme un art à part entière et présente quelques autres avantages.
Plus accessible au grand public qui la pratique communément, nous sommes sûrs de pouvoir en présenter les oeuvres majeures, ce qui n'aurait pas été toujours le cas avec la peinture dont les grandes expositions mobilisent souvent des moyens considérables.

Willy Ronis
Nous nous sommes rencontrés dans une galerie du Faubourg Saint-Antoine et nous l'avons invité naturellement à venir à Saint-Benoît-du-Sault.
L'année suivante, il accepte d'y faire une grande exposition rétrospective de son travail ; cent quatre-vingts photographies, de ses toutes premières en Corrèze aux dernières dans la banlieue parisienne. C'est à ce moment sa plus grande exposition, où tous les thèmes qui l'ont retenu sont présents.
Lors de sa venue pour le vernissage, nous sommes séduits par son esprit précis et exigeant, et l'étonnante attention qu'il porte aux autres.
Après ces deux jours passés à Saint-Benoît, nous craignons
[page 154] de le voir partir sans qu'il promette de revenir et sans qu'il fasse du village quelques images que nous garderions précieusement. Il accepte tout cela et revient quelques mois plus tard, non pour faire quelques photographies, mais plusieurs centaines qui serviront à dresser un portrait de Saint-Benoît que publiera Calmann-Lévy.
Willy Ronis est un photographe de la vie. Il saisit nos gestes sans les déformer ni les utiliser mais en y révélant ce qu'ils peuvent apporter, souvent à notre insu, de surprise ou de poésie.
Il poursuit la vie du village pendant quatre jours intensément. La première journée dans l'usine, il veut voir tous les postes de travail, dit un mot à chacun comme pour s'excuser de ne pas partager ces tâches, se hisse souvent sur un escabeau pour embrasser davantage de plans qui se répartiront ainsi sur toute la hauteur de l'image.
Dans les rues, ayant choisi son cadre, il attend patiemment qu'il s'y produise la rencontre de plusieurs personnages. Ces croisements d'histoires indépendantes laissent, dit-il, davantage de liberté à celui qui en est le témoin, là oit un seul personnage l'enfermerait trop étroitement dans une seule interprétation de la scène.
Pris à ce jeu du portrait de notre village, nous proposons de nouveaux sujets, les commerçants dans leur magasin, les répétitions d'un spectacle que préparent des comédiens. Nous lui demandons aussi de photographier les rues, les escaliers, les toits du village. Pour cela, une grue mobile de chantier l'élève dans une nacelle suspendue à vingt mètres de hauteur.
[page 156]

Willy Ronis travaille sans arrêt toute la journée, et le soir, infatigable, il nous étonne par ses récits et sa curiosité de tout ; ses débuts dans l'atelier de son père, son goût pour la musique, ne compare-t-il pas les trois sujets qu'il essaye de réunir sur une même photographie aux trois parties d'une fugue. Il parle de son travail dans les usines, de ses rencontres les plus marquantes. Il devient un habitant du village, familier des plus timides, l'ami aussi des agriculteurs des environs qu'il va rencontrer dans leur exploitation.
Un éditeur parisien, ayant vu quelques-unes de ses photographies de Saint-Benoît dans l'agence Rapho, insiste pour publier ce portrait de notre village. Il faut, dit-il, « une amitié et une complicité exceptionnelles entre un pays et le photographe pour réussir de telles images ».
La confection de ce livre avec des professionnels de l'édition qui considèrent surtout le goût prétendu du public nous fait découvrir combien nos préoccupations sont différentes. Mais dans ces discussions à trois, Willy Ronis est un allié persuasif. Le livre, le deuxième d'une collection inaugurée par Robert Doisneau avec la ville de Saint-Denis, est finalement un portrait qui nous convient.
Quand, quelque temps après, il est épuisé, plutôt qu'une réédition, il en est fait un autre, plus modeste, avec de nouvelles photographies. La préface en est écrite par Didier Daenincks, l'auteur des romans policiers, qui vient à Saint-Benoît découvrir les raisons inattendues de cette rencontre d'un village et du photographe du Paris populaire.
[page 158]

Ronis revient souvent. Il séjourne dans le quartier du Portugal et il est, pendant ces années, associé à tous les évènements importants du village, les fêtes, les foires, les concerts, pour accueillir aussi ses amis photographes qui exposent à sa suite. Saint-Benoît lui doit de se faire connaître dans les pays les plus éloignés et nous d'avoir découvert un ami exceptionnel à coté de l'artiste sensible et rigoureux que tout le monde admire. [page 160]

Jean Chatelut


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